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NOUVELLISTE. Une étiquette dont on s’accommode peu dans le vaste champ des écrivains. Peu n'écrivent que des nouvelles ; le roman, plus populaire, est réputé avoir le cuir moins solide.  Elle a été pourtant de la nouvelle, au cours de sa vie, une entière défenseure - et lui a donné une réelle saveur. 

Annie Saumont (1927-2017), qui nous a quittés en janvier dernier, a eu une vie riche en écriture, si on se penche sur sa bibliographie. Avec une prédilection pour la forme brève, la nouvelle. Avec elle, j'ai découvert un art du bref, de la pointe. Une écriture très fine, incisive, parfois cruelle dans les thèmes abordés : les misères quotidiennes, moi et les autres, les manies. Son écriture m'a parfois fait penser à celle d'Agota Kristof, écrivain francophone, qui cerne les noirceurs quotidiennes pendant la guerre avec le trait épais du polar. 

 

Petit parcours dans une sélection de ses oeuvres qui me touchent.

 

           LA GUERRE,  justement : Annie Saumont en parle avec une extrême pudeur dans le petit ouvrage Les Blés. Dans la première nouvelle, il est question d'un jeune résistant, que sa mère voit arrêter. De cette nouvelle, je me souviens de la couleur envahissante du blé, de la tendresse maternelle impuissante face à la folie meurtrière,  de l'empreinte de l'absent dans les foins, avec son incessante cruauté.

 

Dans les mains une poignée d'épis, une autre. Le bleu du ciel l'aveugle, elle a fermé les yeux elle avance elle frappe elle saccage.

Ce qui me marque aussi, dans Les Blés, c'est l'écriture. Fracassée. Comme balbutiante, abasourdie par l'émotion, l'arrachement, le deuil. Parfois, les phrases sont coupées au début, appuyant sur un mot qui fait naître l'émotion. 

Il.

Un magnifique texte sur la présence des absents, qui transmet une immense émotion par le langage.

 

 

Encore une belle journée est un recueil plus épais de nouvelles (une vingtaine). C'est le dernier d'Annie Saumont, publié de son vivant. Toutes extrêmement courtes, elles saisissent des scènes quotidiennes, en en montrant parfois l'ironie comme le laisse présager le titre général du recueil.

Certaines nouvelles sont étonnantes de poésie et de finesse, décrivant la naissance de la sexualité, ou la bataille d'enfants mal-aimés ; un quotidien tapageur mais plein de sincérité. Annie Saumont malmène la syntaxe, défait le corset des phrases, créant une lecture unique dans son texte. Maniant le suspense avec brio, elle réinscrit la nouvelle dans son héritage, avec des chutes qui vous laisseront coi.

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Enfin, pour compléter cette découverte / redécouverte? d'Annie Saumont, et en sa mémoire, on pourra se plonger dans le recueil d'hommage paru chez Julliard, son éditeur, Florilège.

 

A l'occasion, on pourra aussi se plonger dans des coupures de presse, qui analysent le style d'Annie Saumont, et son apport dans l'histoire de la nouvelle.

 

La Croix à propos de Florilèges : http://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Florilege-dAnnie-Saumont-regard-tue-2017-06-08-1200853321

Le très bel article du Magazine Littéraire : http://www.magazine-litteraire.com/hommage/disparition-dannie-saumont

 

Et pour finir, quoi de mieux que de laisser la parole à ses textes ? Extrait de l'émission d'olivier Barrot  "un livre, un jour"( copyright INA archives), par ici :

 http://m.ina.fr/video/CPC00001124/annie-saumont-noir-comme-d-habitude-video.html

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