DES CORPS ETENDUS, immobiles, le silence. La mort, qui rôde. C'est une des images du film 120 Battements par minutes de Robin Campillo qui m'a la plus saisie. Difficile de passer à côté de ce film sur les années 1990 et le sida, après avoir cheminé avec des écrivains ( article par ici ) dont cette réalité est proche. Bien que née bien après cette décennie meurtrière, je me sens liée à ces combats intimes et collectifs, par la puissance du militantisme qui est porté à l'écran par le réalisateur. Une force unanime émane de ce film.

Le film est fort car il met en parallèle un combat au singulier - celui de Sean, jeune séropositif, et de tant d'autres - et une vague collective, bien que minoritaire en France, des militants d'Act Up Paris pour agir contre le sida. On pénètre à la fois l'intime dans la maladie, en découvrant le corps abîmé par le sida, la vie qui s'épuise, et dans l'intime de ces personnages qui, malgré tout, s'essayent à vivre. Car s'il y a beaucoup de dureté dans ce film, d'images crues, violentes -et légitimes- il y a également de nombreuses mains qui se lèvent, se touchent, de combats qui s'engagent, de corps qui se nouent, filmés avec une immense beauté,une douceur, presque une amertume- rendant l'intensité, la confusion des sentiments face à la maladie. 

Cet entrelacement est frappant, et fait réaliser, à travers cette lutte unanime, combien le sida tue, a tué, et tue encore. Grâce à ce va-et-vient entre la fiction et un pan plus historique - voire sociologique -  retraçant les années sida en France, le film est soigneusement équilibré. Et mieux : il parvient à nous toucher. Pour moi, là est la prouesse de Robin Campillo : il y a une histoire jamais finie que le film nous jette à la figure, jamais entièrement consumée, malgré certains militants qui tombent ; c'est celle du sida qui contamine encore aujourd'hui.

La violence du langage manifestant d'Act Up traduit à la fois l'angoisse d'une maladie sans visage et sans nom, d'une indifférence politique, et d'une urgence de vivre et de se battre pour la vie. Manifester avec les images des jeunes visage des disparus, c'est imprimer à la mort un visage, réel, injuste, beau, tragique. 

En somme, ce qu'on peut le plus louer dans ce film, c'est  la justesse de son ton. Me restera en mémoire cette énergie communicative, positive et combative du film. Il est porté par des acteurs  tous bouleversants de vérité(en particulier Nahuel Perez Biscayart) ; ils nous transmettent leur foudre de vivre.

      

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