JE N'AI JAMAIS AIME LIRE DES OUVRAGES POLITIQUES. Je les ai toujours trouvés froids, sans style, et surtout onéreux. Mais la curiosité m'a tout de même poussée à acquérir l'ouvrage de madame Christiane Taubira :  Nous habitons la Terre, dont je parlais dans l'article précédent. Pour ce qu'elle disait des mots.

 

Et je n'ai pas été déçue ! Quelle verve, quelle force j'ai trouvé dans ce livre. Ce sont des mots qui me soulèvent : ils recèlent une profonde humanité. Traitant du pouvoir des mots dans nos vies, mais aussi d'histoire des migrations, et bien sûr (un tout petit peu) de la Gauche ( vraiment un tout petit peu), Christiane Taubira m'apparaît comme une femme entière : une vraie figure politique.

J'ai donc choisi d'accompagner cet article de citations de son livre, : celles qui ont résonné en moi et m'ont fait prendre conscience de l'importance de s'engager dans chaque vie humaine. Car s'engager, ce n'est pas forcément dans un parti politique ou en politique. Il s'agit d'agir à son échelle, tout simplement (et en allant voter bien sûr !). C'est d'ailleurs le sens que je donne au titre de son oeuvre : vivons ensemble, habitons ensemble cet espace commun, la Terre. Engageons-nous à veiller les uns sur les autres, engageons nous à veiller sur Elle.

Peut-on vivre sans prendre parti ? Croyons-nous pouvoir faire indéfiniment comme bon nous semble, comme si nous étions seuls au monde, ou au-dessus du monde, hors de portée de toute riposte, fût-elle injuste ou démesurée, abusive ou inadéquate, aveugle ou monstrueuse ?

Nous, prisonniers de mots qui font semblant d'être lisses, de vieux mots burinés, enduits d'animosité, chargés de malveillance, nous nous sommes trop longtemps laissé neutraliser puis déposséder. Il presse de retrouver ces mots qui ont l'éclat de l'engagement assumé et la chair de l'idéal. Il est temps de remiser la honte insidieusement inculquée à qui ose vouloir un monde plus juste et plus amical

Les mots nouveaux sont de vieux mots. Crise. Compétitivité. Progrès technique. Intégration. Assimilation. Consensus. Sacrifices. Terrorisme. Civilisation. Barbarie. Les ficelles sont usées mais tiennent encore. Mise en cause. Mise au ban. La méthode éprouvée est l'intimidation. Cependant, tout n'est pas perdu. Il nous reste d'anciens mots qui sont encore tout neufs et que nous devons réhabiliter. Dialogue. Débat. Diplomatie. Sûreté. Il ne tient qu'à nous de réapprendre à penser le monde et notre action sur le monde autrement qu'en anathèmes et en bombardements...

Il faut lessiver tous ces mots qui nous trompent ou nous anesthésient. Il y a là un devoir et une urgence. Proclamer que nous sommes attachés au respect de la dignité humaine, que cette exigence, intemporelle, vaut pour tous et pour chacun, singulièrement pour celle, celui qui se trouve en détresse.

Il nous reste à réapprendre à faire le monde. Ou à apprendre à refaire monde. André Malraux assurait : "L'art, c'est le plus court chemin de l'homme à l'homme." Définitivement, les arts et toutes les expressions de la beauté, du doute, de l'inachevé sont les chemins les plus lumineux de l'altérité.
Voilà pourquoi, malgré ses fracas, ses mystères, ce monde est plein de promesses.

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