Je viendrais à ce pays mien
et je lui dirais :
"Embrassez-moi sans crainte...
Et si je ne sais que parler
C'est pour vous que je parlerai"

Aimé Césaire, Cahier du retour au pays Natal, 1939

JE N'AI PAS L'INTENTION NI LA PRETENTION D'ECRIRE DE BILLETS POLITIQUES SUR FIBRILLESMais étant une grande passionnée de radio, j'ai toujours la tête dans les ondes, et je capte régulièrement des bruissements de notre vie politique française. Je voulais ainsi partager une prise de parole qui m'a émue hier matin :  pour la vivacité d'une pensée qui dépasse celle des "loups" qu'on retrouve dans les arènes des assemblées. Leur langue se résume à des crocs jetés à tout va.

Christiane Taubira, personnalité que j'aime beaucoup, dépasse la figure classique du politicien. Son amour des mots en fait pour moi une figure littéraire, un peu comme Miterrand ou Malraux. Je crois que si je devais retenir des discours du XXIème siècle, ce seraient les siens. Elle émaille son discours des mots des autres : Aimé Césaire, Paul Eluard, Michel Leiris ou René Char sont ses compagnons. Des figures poétiques et politiques, au sens noble du terme : qui s'engage dans la cité, et qui sait porter son regard au-delà du quotidien.  Qu'elle défende la dignité des couples homosexuels, la lutte contre le racisme ou la dignité des femmes,  la voix de Christiane Taubira est toujours à la fois vivace et littéraire. Ce ne sont pas que de beaux mots qu'elle profère ; pour moi elle redonne à la langue toute sa force. Elle ne se limite pas à un vil exercice de séduction. Dans un livre qu'elle présentait au cours de l'émission (Nous habitons la Terre), elle revient sur son amour des mots, qui pour elle est la base de la politique.

Elle dénonce ainsi des ères politiques de "brutalité du langage", où la langue était méprisée. Où la littérature et la culture se virent reléguées au second plan pour des questions plus pragmatiques. Où la langue fut instrumentalisée. C'est ce danger qui nous guette, je crois : que nous perdions conscience des mots et que nous nous laissions illusionner par eux. "La langue est notre bien commun" martèle Christiane Taubira. Si elle a un pouvoir de séduction dangereux, si nous en parlons chacun une unique qui nous fait vivre dans une gigantesque Babel, elle a aussi le pouvoir de nous rassembler. Car, pour l'ancienne gardienne des sceaux, la langue est une "marque de respect". "Parler aux autres proprement, avec une langue belle, c'est une marque de respect". 

En tant que citoyenne, j'aspire à être respectée : et moi, je militerai fermement à mon échelle pour qu'on ne perde pas conscience de ce bien commun qu'est notre langue. Mais aussi pour ne pas perdre le fil du  sens des mots,  de leur beauté, et de leurs pouvoirs à la portée de chacun.

image du Nouvel Obs

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/christiane-taubira-quest-ce-qui-nous-rassemble-encore
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