Tout l’automne à la fin n’est plus qu’une tisane froide. Les feuilles mortes de toutes essences

macèrent dans la pluie. Pas de fermentation, de création d’alcool : il faut attendre jusqu’au

printemps l’effet d’une application de compresses sur une jambe de bois. Dans cette

grenouillerie, cette amphibiguïté salubre, tout reprend forces, saute de pierre en pierre et

change de pré. Les ruisseaux se multiplient.

Voilà ce qui s’appelle un beau nettoyage, et qui ne respecte pas les conventions!

Habillé comme nu, trempé jusqu’aux os.

Et puis cela dure, ne sèche pas tout de suite. Trois mois de réflexion salutaire dans cet état;

sans réaction vasculaire, sans peignoir ni gant de crin. Mais sa forte constitution y résiste.

 

Francis Ponge, La Fin de l'Automne, Le Parti pris des choses.

Tisane automnale
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