Très haut amour, s'il se peut que je meure
Sans savoir d'où je vous possédais,
En quel soleil était votre demeure
En quel passé votre temps, en quelle heure
Je vous aimais

Très haut amour qui passez la mémoire,
Feu sans foyer dont j'ai fait tout mon jour,
En quel destin vous traciez mon histoire,
En quel sommeil se voyait votre gloire,
Ô mon séjour

Quand je serai pour moi-même perdue
Et divisée à l'abîme infini
Infiniment, quand je serai rompue,
Quand le présent dont je suis revêtue
Aura trahi,

Par l'univers en mille corps brisée
De mille instants non rassemblés encore
, De cendre au creux jusqu'au néant vannée,
Vous referez pour une étrange année
Un seul trésor

Vous referez mon nom et mon image
De mille corps emportés par le jour
Vive unité sans nom et sans visage
Coeur de l'esprit, ô centre du mirage,
Très haut amour.

La beauté des vers de Catherine Pozzi (1882-1934) , dans son unique recueil, Très haut amour. Rodin, épousailles de mains

Ave
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