Chevelure

"Pareille à cette nuit sans contours, la chevelure de soie coule entre les doigts crispés. Elle s'allonge, elle se multiplie, elle pousse des tentacules dans tous les sens, s'enroulant sur soi-même en un écheveau de plus en plus complexe, dont les circonvolutions et les apparents labyrinthes continuent de laisser passer les phalanges avec la même facilité. Avec la même facilité la chevelure se laisse dénouer, se laisse étendre, et retomber sur l'épaule en flot docile, guidée maintenant par une seule respiration, qui suffit encore à créer, dans l'obscurité complète, un rythme égal, capable encore de mesurer quelque chose, si quelque chose demeure encore à mesurer, à cerner, à décrire, dans l'obscurité totale, jusqu'au lever du jour, maintenant."

Alain Robbe-Grillet, La jalousie, et Edvard Munch, Le jour d'après.

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